CSPROJECTS

Réparations d'appareils électroniques vintage



Réparation d'un juke-box Seeburg Gem (1969)

(2ème machine)

A chaque nouvelle machine, je commence par enlever les câblages "en trop" : liaison de commande à distance, free play, moteur de bouton de volume ... et je vérifie l'alimentation et la terre. Ensuite je dépose le phonographe et fais l'entretien : huile, contacts, ... puis je teste en manuel si la mécanique fonctionne correctement. Tiens, il manque la brosse qui nettoie l'aiguille entre chaque disque ! Je démonte la brosse d'une de mes mécaniques désossées de stock, très utiles, j'ai déjà récupéré pas mal de pièces sur ces cadavres. De plus, ils me permettent de tester certaines opérations délicates (chasser les axes, démontage de ressorts, d'engrenages, de goupilles, ...) avant de les réaliser sur de "vraies" machines. Le chariot Tormat est de type "pin" à ressort et non à lames. Je comprends pourquoi Seeburg est passé aux lames car les pins sont très encrassées et l'une d'elles est bloquée. C'est logique, la pin verticale vibre rapidement et verticalement sur son ressort à cause des plots mais se déplace également horizontalement, ce qui mécaniquement provoque des efforts violent dans les 2 axes. Mais une goutte d'huile de machine à coudre suffira à la débloquer.

Pour le free play, beaucoup de choses semblent avoir été tentées : fils sur contact monnayeur avec bouton poussoir, relais bloqué, fils coupés, dents cassées pour ne plus déduire de crédit ... je remets tout ce que je peux comme d'origine et fixe un simple colçon qui empêche le levier qui soustrait un crédit de pousser sur la roue dentée.

La machine projette quelques chouettes effets de lumière

Je vérifie le contrôleur : fusibles, contacts, tensions, ... Les tensions sont un peu hors tolérances, mais par expérience je pense que ce n'est pas un problème. Je vérifie aussi systématiquement les contacteurs de la plaquette "service", sources de bien des soucis. D'ailleurs il me faudra remplacer un interrupteur à glissière.

Puis je vérifie la partie audio, un woofer ne réagit pas, zut. En plus ils sont montés dans un caisson dont les vis tournent folles dans le bois de la caisse, il faudra en arracher l'une ou l'autre pour enfin déposer ce woofer. Comme d'habitude, la fine tresse de cuivre est cassée au passage à travers la membrane. Je reperce le trou, passe la tresse, décrasse le fin brin de fil qui part vers la bobine et qui ne dépasse que de 2 mm. S'il casse, le haut-parleur est perdu. Il faut gratter le vernis en douceur, mettre un peu de graisse à souder, puis déposer un goutte d'étain avec le fer, et on n'a pas droit à plusieurs essais. Ensuite venir y souder un autre brin qui va être soudé à l'autre bout sur la tresse qui apparait à travers la membrane. Puis on badigeonne de colle à bois pour fixer et rigidifier tout cela. Quel plaisir d'entendre le beau gros "Poc" provoqué par la connexion à une pile !

L'ampli est OK, il suffit d'équilibrer les gains entre canaux, connecter correctement le contact d'eject (le fil blanc était vissé sur la vis indiquée "fil brun", et bien sûr la vis identifiée "fil blanc" se trouve libre 2 cm à côté ! Pfff, certains ne savent même pas lire en français et se mêlent de réparer des machines aussi complexes que des jukeboxes ...

La machine est prête pour son premier test, j'allume, je sélectionne, il scanne, prend le bon disque et diffuse la musique ! Pas mal. Mais bon même nettoyées, les aiguilles donnent un mauvais son, je les remplace. Il y a aussi trop de basses à bas volume, je coupe le circuit de loudness, le son est déjà bien mieux.

Le super gadget avec effet lumineux en profondeur et le blason Seeburg !

Normalement pour sélectionner on appuie d'abord sur une lettre qui reste enfoncée puis un chiffre, la sélection se fait et les touches sont libérées. Or ici seules les touches des chiffres restent enfoncées en attendant l'enfoncement d'une lettre ! Je bascule le clavier (l'accès est bien fait), je nettoie les contacts, mais je vois surtout que les réglettes qui coulissent sous les lettres pour les bloquer sont engluées. Encore un fois un peu d'huile de machine à coudre placée aux bons endroits fait des miracles !

Voilà la machine fonctionne pas mal, sauf que j'entends un résonance sourde et continue très gênante. J'ai déjà eu cela, c'est d'origine mécanique, car si je soulève l'aiguille, ça s'arrête. Alors je :

Mais après toutes ces opérations, rien ne change, la résonance est toujours aussi présent !

Mon doigt posé sur le châssis du moteur de 1ère génération Bodine m'indique quand même une bonne vibration électrique sur celui-ci. Comme j'ai un moteur de 2ème génération Nidec, je décide de faire l'échange. Le nouveau moteur vibre tout autant, mais par contre la résonance dans l'aiguille a quasi disparu. En inspectant le moteur Bodine, je découvre que le moteur n'a pas de souci, ce sont les 2 larges disques en caoutchouc qui sont très raides et n'amortissent plus grand chose ! Finalement, à l'usage, la vibration avec le moteur Nidec reste trop forte. Il me faut commander les bons amortisseurs. Cela coûte cher : les 2 disques, le coupleur et le joint inférieur sont des pièces très spécifiques et reviennent en tout à +- 100 euros ! Les anciens disques sont difficiles à enlever car on n'a pas accès ni appui pour desceller le disque intérieur. Je n'ai pas les choix, je dois déchirer et arracher le caoutchouc pour accéder à la bague intérieure et la desceller au marteau et au tournevis. A la commande des nouveaux disques il faut faire attention, il existe deux modèles, un pour chaque type de moteur, le diamètre de la bague intérieure est différent de 2 mm ... Mais heureusement, les nouveaux disques sont facile à mettre en place, ils sont très souples, et il faut frapper doucement la bague intérieure avec un petit marteau et un morceau de bois intercalaire et bien vérifier que la bague se place horizontalement. Et la bonne nouvelle est qu'après remontage, à l'écoute, en début de disque, c'est le silence absolu ! Il n'y a pas de miracle, avec ce genre de soucis, il faut un peu investir.

Le moteur Bodine avec les anciens amortisseurs enlevés (arrachés!) ... et le nouvel amortisseur en place

Après quelques heures de démonstration, le son devient de plus en plus mauvais : son sourd, faible, distordu et déséquilibré gauche-droite. Pourtant il est équipé de nouvelles aiguilles et les haut-parleurs et leurs filtres sont OK. Au banc d'essai, je me rends compte que les contacts du petit relais rond sous le châssis sont verts ! I faut dire que le capot a disparu et les minuscules contacts ne sont plus protégés. Un petit décrassage élimine la distorsion et quelques fluctuations de volume, mais je me rends compte que la reprise du volume sonore après mute prend 20 secondes ! Le condensateur C21 sur la carte commune dans la partie préampli détermine le temps de reprise. Il est de 100µF et je le remplace par un 47µF, le délai tombe à 5 secondes, ce qui est amplement suffisant.

Il reste à régler le déséquilibre des canaux stéréo : facile, il y a un réglage de gain sur chaque canal. Je remets les 2 trimpot à fond, l'onde sinus du générateur en entrée donne la même amplitude en sortie sur chaque canal. Or dans la machine, la musique est fortement déséquilibrée ... je décide de régler à l'oreille, mais dès que je touche d'un côté, l'autre canal varie aussi ! Impossible à régler ! Puis je me rappelle qu'il y a plusieurs circuits de commande du volume qui transitent par la carte commune du prémapli : 1) le mute et son redémarrage en douceur, 2) le reset qui coupe le son en cas de surcharge en sortie, 3) le squelch pour diminuer la musique de fond quand quelqu'un parle au micro (en option!) ... et 4) l'AVC (Automatic Volume Control) qui empêche les trop grandes variations de volume entre un disque calme et un morceau de hard rock ! Cela évitait au cafetier de devenir augmenter et diminuer le son entre les morceaux, le niveau sonore devait toujours rester le même pour ne pas ennuyer les clients. Les signaux de chaque canal arrivent par les bornes D sur la carte commune, et à l'oscilloscope, les 2 signaux sont très différents, donc un canal est perturbé ET perturbe le système d'AVC qui fait la moyenne des 2 canaux et module. Donc le système d'AVC ne fonctionne pas correctement et rend donc le réglage statique impossible. Je décide de désactiver tout le système et coupe les pistes qui sortent sous la borne D (voir schémas). Bingo, le son est à fond et stable des 2 côtés ! Pour une écoute dans un salon, la perte de l'AVC n'est pas un problème mais même un avantage, on a le son prévu par le fabricant des disques.  Cette fois, la machine est en ordre, la qualité est parfaite.

La carte commune avec le condensateur de délai de mute en C21 et l'endroit des pistes coupées au verso

(CS février 2018)


Premier Gem restauré