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Réparations d'appareils électroniques vintage



Réparation d'un juke-box Seeburg Matador de 1973 (4ème)

Arrive un Seeburg Matador, c'est déjà mon 4ème ! Mais celui-ci est vraiment bien pourri : il est très sale, des câbles sortent de partout et il manque l'ampli, le contrôleur, un tweeter et les 2 boites (noire et grise). Le cône d'un woofer est déchiré et a été retapé très sommairement avec une feuille de papier à cigarette ! Mais le petit rectangle de papier a tenu …

La super rustine !

En réalité, j'ai restauré la machine en attaquant par tous les côtés en parallèle, mais pour simplifier et clarifier, je décrirai ci-dessous toutes les actions réalisées mais module par module et pas chronologiquement.

La caisse

Je commence par sortir tout, à nettoyer un peu et à éliminer les câbles en trop. Je retrouve des vis, des pièces … et même une bille de flipper au fond de la caisse ! Un câble qui ressemble au câble d'alimentation est scotché de manière triangulaire à son extrémité. Il s'avère que ce n'est pas une fiche électrique mais un support de fusible avec un fusible monté dessus ! Mais quelle horreur ! J'enlève tout cela et remonte un support de fusible correct sur le châssis et remets un interrupteur, un câble et une fiche d'alimentation correctement ! Et je vérifie bien la mise à la terre également, dans une machine cannibalisée comme celle-ci, je pense que c'est utile …

Le fusible en bout de câble d'alimentation

Le phonographe

Je dépose le phonographe et fais tout l'entretien habituel : huile, huile et encore huile; nettoyage des contacts, contrôle du fusible, réglage du "detent switch", nettoyage des aiguilles, contrôle de l'aimant, équilibrage du bras dans les 2 axes, nettoyage des rampes à plots de la mémoire Tormat et des lampes de sélection, nettoyage et réglages des frotteurs Tormat.

Puis je teste le mécanisme à la main pour vérifier le passage correct du mode de scan à play, la prise correcte du disque, du positionnement de départ et du déplacement correct de l'aiguille sur le disque, de la remise en place et du bon passage de la brosse de nettoyage !

Jusque-là tout va bien. Pour tester complètement le bon fonctionnement mécanique, électrique et audio du phonographe hors de la machine, je l'alimente directement en 115V et le connecte à l'entrée micro/guitare (haute impédance) un petit ampli guitare. Tout va bien, le son est bon, il ne "chevrote" pas … sauf qu'il ne passe pas en face B ! Le chariot du bras ne bouge jamais peu importe le sens du déplacement, pourtant une came qui tourne lors du transfert de disque l'y force. Je suis obligé de retirer le chariot du bras pour voir ce qui se passe. La procédure est assez simple et surtout bien expliquée par thierry04, mais à ne faire que si l'on est obligé évidemment. Aucune pièce n'est cassée, seul le mécanisme est sec et encrassé. Après nettoyage, graissage et remontage, le chariot coulisse de faces A en faces B et vice versa avec allégresse à chaque transfert !

Commande

Passons au nettoyage du clavier et au remontage d'un contrôleur réparé ainsi que des boites noire et grise. Il ne faut pas oublier de vérifier l'état et surtout le type d'ampoules car les transistors de commande dans la boite noire ne sont pas bien puissants. Et de fait, des ampoules non-conformes y ont été placées, j'y remets vite des 28V basse puissance. Tout est en ordre, j'allume et  … quasi rien ! Seule l'ampoule "Sélectionnez" s'allume, au moins la boite noire est active et signale qu'on est en crédit gratuit. Mais pas de réaction aux chiffres, ni de démarrage du scan.

J'ai vu qu'il y a un petit circuit "flasher" pour faire clignoter la lampe "reset" en cas de sélection non admise. Dans un premier temps je me dis que si le clavier ne fonctionne pas correctement, il y a un reset systématique (et pas de scan) et si en plus le circuit flasher est en panne, et bien je ne vois rien. Je vérifie les composants et change même le condensateur du circuit, mais rien ne bouge.

Je vérifie le bus à 4 voies qui va du clavier vers la boite noire et je finis par ouvrir la boite noire et à vérifier les signaux à l'oscilloscope. Ce n'est pas évident à faire car on doit laisser la boite connectée dans la machine, une installation au banc d'essai étant trop complexe à mettre en œuvre. Il y a bien 2 signaux qui proviennent du clavier qui ne ressemblent pas aux signaux attendus (cfr l'excellent livre sur le dépannage des boites noires et grises de A. Miller mais ce n'est pas très probant.

Je vérifie et revérifie les alimentations, les signaux, les connecteurs dans tous les sens, la machine ne réagit à rien. Bien sûr j'échange avec une autre boite noire opérationnelle, pareil, les 2 boites sont OK. Bref je cale, cela ne m'arrive pas souvent. Alors aux grands maux les grands remèdes, je sors tout de la machine, installe contrôleur, clavier, boites noire et grise sur l'établi ! Cela c'est facile, ce qui prend vraiment du temps c'est de sortir tout le harnais de câbles et fils qui relie tous ces modules ! Car le câblage audio est aussi mélangé dans le harnais global de la machine ! Bref, 2 heures plus tard, le tout est installé avec le minimum de connecteurs branchés, bien à plat sur ma table de travail. J'allume, j'appuie sur le "1" et clavier et … j'éclate de rire car la lampe "1er chiffre" vient de s'allumer ! J'appuie un 2ème chiffre, la lampe "2ème chiffre" s'allume et au 3ème chiffre appuyé le tout s'éteint normalement. Et pour finir, devinez quoi ? Si j'appuie une sélection impossible, la lampe "reset" clignote joliment en rouge ! Puis, je branche un à un les autres connecteurs du harnais et reteste … et les lampes réagissent normalement à chaque fois. Donc tout fonctionne parfaitement ! Je suis content mais ça m'agace car je ne connais pas la cause du problème. Je secoue tous les fils et autres connecteurs, rien à faire, ça fonctionne à merveille !

Tous les modules de commandes remontés hors machine

Je finis par remonter le tout dans la machine avec cette fois toutes les connexions … et cela fonctionne sans accroc depuis ! Je suppose que c'était un simple problème de contact dans les broches. Pourtant j'avais testé les connexions de bout en bout entre l'intérieur du clavier et l'intérieur de la boite noire pour justement déceler les problèmes de connecteurs … troublant.

J'ai dû installer la seule boite grise qui me reste d'un Mardi-Gras et qui ne mémorisait pas les sélections avec un "5" dans la dizaine (donc les sélections x5x). Comme j'ai les fameux schémas internes quasi secrets publiés dans le livre déjà mentionné plus haut, je m'attaque à ces cartes réputées fragiles.

Le plus évident est de remplacer le thyristor des dizaines pour la ligne 5. Le classique 2N5064 est mentionné partout comme équivalent standard avec le même brochage que le thyristor d'origine, or c'est faux, le brochage est inversé ! En plus des data sheets, c'est encore une fois mon testeur de composants qui m'a donné la confirmation ultime. Mais le nouveau thyristor ne résout pas le problème. Je suis en contact avec le spécialiste français des Seeburg (Thierry04) qui m'informe que le condensateur d'entrée de 10nF est souvent en cause. En le dessoudant je me rends compte que la piste qui y arrive est cassée à ras de la pastille ! Bingo !

A gauche le 2N5064 correctement monté (inversé) par rapport à l'original à droite

En testant toutes les sélections, il y a encore un manque de fiabilité, certaines ne sont pas prises, mais viennent plus tard ! Le nettoyage des plots de la mémoire Tormat ne change quasi rien, cela doit venir des frotteurs. La position des 2 grains des frotteurs en "play mode" est bien symétrique par rapport au plot sélectionné. Le chariot avec les frotteurs est réglable en hauteur, le manuel recommande de laisser un espace de 8 mm entre la plaque mobile du chariot et la rampe Tormat. Mais j'avais aussi remarqué qu'en approchant le chariot de la rampe Tormat les sélections étaient moins fiables. Donc je l'ai descendu à fond, à 13 mm, en redressant les lames pour qu'elles continuent à faire contact. Et depuis, la machine n'a plus jamais raté aucune sélection ! Je fais toujours attention à bien respecter les recommandations du constructeur, c'est quand même lui qui connait le mieux ses designs. Mais cette fois, rien à faire, le réglage hors spécification fonctionne bien mieux.

L'audio

Je ressoude une cosse cassée et remets un chapeau à l'arrière du Tweeter rescapé et remonte un tweeter réparé de mon stock.

Au niveau de l'ampli, il n'y a rien de spécial : je remplace tous les gros condensateurs électrochimiques de l'alimentation et en sortie, j'équilibre les gains entre les canaux et règle la polarisation de l'étage de sortie. Ce fameux réglage de "bias" et en fait très simple, il faut juste bien comprendre ce qui se passe et être prudent. La méthode du constructeur consiste à limiter le courant de repos dans l'étage de sortie en mesurant la tension sur une des résistances de puissance en série dans le circuit de sortie. Elle doit être entre 2 et 20mV si je me rappelle bien. Comme ces résistances sont sous le radiateur, Seeburg a installé une petite prise rouge sur le radiateur, il faut mesurer entre ce point de test (qui est bêtement la tension d'alim +32V !) et le capot du transistor (collecteur). Comme la résistance est de 0,2 ohms, le courant de repos doit être réglé entre 10mA et 100mA. J'utilise aussi la méthode de T. Miller décrite dans son livre "Seeburg SHP amplifier repair" qui permet un réglage plus facile mais qui ne prend pas en compte les caractéristiques réelles des transistors. Il préconise de mesurer la somme des tensions de jonction base-émetteur des 2 transistors et de la régler à 1,65V. Il suffit de mesurer les tensions sur les bornes 3 et 6 de la carte (fils rajoutés à partir des connecteurs) pour le canal gauche et 18 et 21 pour le canal droit.

En cours de réglage de bias

Et le meilleur moyen pour vérifier s'il n'y a pas d'anomalie est d'avoir toujours une ampoule de 240V insérée en série dans le câble d'alimentation de l'ampli. Au repos, elle doit être éteinte. Lorsqu'un des 2 réglages de bias est trop élevé, l'ampoule est orange au repos et indique clairement, et avant que les transistors ne chauffent ne s'emballent et ne claquent, que le courant de repos est trop élevé ! Très sûr comme indicateur.

Comme sur cet ampli les trimpots de bias sont morts, j'ai 1,8V et ma lampe est bien orangée et les transistors tiédissent vite ! Je teste avec quelques résistances fixes et soude celles qui me donnent entre 1,60 et 1,65V. La lampe s'éteint et les transistors restent bien froids, nickel.

Le son donné par les tweeters réparés ne me plait pas, la qualité n'est plus la même. Les acheter d'occasion n'est pas idéal, ils coutent chers, en achat et en port, et sont du même âge et donc finissent par lâcher également. Je cherche une solution alternative et trouve des tweeters piézo-électriques à des prix très bas, ce qui normal pour cette technologie. J'en commande 2 paires, une qui a les mêmes dimensions que les originaux et une qui n'a que la moitié de la hauteur. Ils sont vraiment très légers, je les connecte, le son est nettement plus faible que les versions électromagnétiques d'origine, mais cela fonctionne. Le modèle en demi hauteur donne plus fort et ce sont ceux-là que j'installe. Mais pour bien équilibrer les niveaux de basses et d'aigües je suis obligé d'insérer une résistance de puissance de 4 ohms dans le circuit des woofers. Cela diminue donc l'ensemble de la puissance audible de moitié, mais avec un ampli de 50W RMS dans un salon, ce n'est pas un problème.

Les haut-parleurs piézo
La résistance insérée dans le circuit du woofer

Après livraison, le nouveau propriétaire se plaint que certains disques ne tournent pas rond ! Bizarre, car il fonctionnait bien avant de quitter l'atelier. Je pose les questions d'usage pour essayer d'établir un diagnostic : n'importe quand dans un disque ? Pendant combien de temps : un petit à-coup ou pendant plusieurs secondes ? Plusieurs fois par disque ? Combien de fois par rotation ? En n'importe quelle position du panier 100, 140, 179 ? ... Sur place mon partenaire constate le souci et découvre rapidement la cause : un morceau de verre est tombé dans la cuvette sous l'engrenage principal en bakélite du phonographe et s'est fiché dans la graisse ! En affleurant sous la roue dentée, il frotte et freine la rotation du disque, bien vu ! Mais le souci n'est apparu qu'après le 3ème déplacement de la machine ! C'est vrai qu'il manquait la vitre supérieure, elle a sans doute été cassée et évidemment des morceaux de verre se sont logés un peu partout. Encore un cas tordu et une vérification supplémentaire à rajouter dans la check liste de restauration ...

(CS juillet 2017)


Matador (5ème)

Machine classique, nettoyage classique : huile, ampoules, ...

Sur le phonographe le support d'une résistance de puissance est cassé, il faudra fixer la résistance céramique avec du file métallique, car les colçons ne tiennent pas la chaleur dégagée par la résistance. De plus la diode de bobine de trip est cassée, décidément, le phonographe a pris des coups !

La sélection au clavier se passe normalement, le phonographe démarre, balaie 2 fois et s'arrête, panne classique. Au test de la pile, aucune sélection ne se fait, c'est donc un problème de read-out. J'élimine le contact "Bypass" quasi toujours en défaut et j'effectue le nettoyage des plots et des 2 patins Tormat ainsi que du detent switch ... mais rien ne change. Je vérifie le circuit de commande de la bobine de trip et c'est finalement le décrassage du contact horizontal arrière qui résout le problème.

Au niveau audio je dois juste remplacer le tweeter, ils sont vraiment fragiles sur les Seeburg, la rupture est toujours due à une grave oxydation entre les extrémités du fil en cuivre de la bobine et l'étain des soudures des cosses de connexions.

La machine fonctionne assez bien en démo, seules les sélections semblent un peu aléatoires. En regardant de près les patins Tormat, je vois que l'un d'eux n'appuie pas très fort … normal, la lame est cassée sur les 2/3 de la largeur ! Je démonte l'assemblage complet sur un châssis de stock, mais là les supports mobiles des patins sont bloqués, le ressort ne les fait pas osciller. Même avec un nettoyage et de l'huile fine, il n'y a pas moyen de dégripper les supports en plastique, en fait les 2 axes métalliques sont grippés, même forts oxydés. Je démonte et dégrippe le tout, et monte le bloc sur la machine. Dès le premier mouvement, le grain d'un des patins tombe, la lame s'est cassée au niveau du serrage du grain ! Caramba, cela commence à me gonfler !

A droite, le mécanisme d'origine avec la lame cassée et à gauche le mécanisme de remplacement avec la lame qui a perdu son grain !

Je redémonte cette fois complètement les 2 charriots et en remonte un correct avec les pièces en bon état trouvée sur chaque. Après remontage et réglage sur la machine, cela fonctionne, néanmoins pour faire bonne mesure, je démonte le detent switch et découvre que les 2 grains de contacts sont tellement usés qu'on n'en voit même plus l'épaisseur ! Pas le choix, je suis également obligé de le remplacer. Cette machine a pas mal d'heures de vol pour avoir usé tous les contacts comme cela. Et pour finir, je vois que les lampes de sélection du disque ne s'affichent pas correctement (chiffre précédent ou pas d'allumage). En démontant la rampe, je ne suis pas surpris de découvrir les 2 patins tordus et pliés … Après redressement des lames et réglage de la position (c'est bien fait : il y a des réglages dans les 3 axes), tout rentre enfin dans l'ordre.

(CS août 2018)

Premiers Matadors restaurés