CSPROJECTS

Réparations d'appareils électroniques vintage



Réparation d'un juke-box Seeburg Olympian de 1972

Voici le 2ème Juke-Box qui arrive, toujours un Seeburg, mais un modèle plus ancien : il a une mémoire à tores au lieu d'une mémoire électronique. Cette technologie est fascinante : elle permet de conserver une information à long terme en aimantant un anneau dans un sens ou l'autre en y envoyant une impulsion électrique. De bonnes explications se trouvent ici : documentation, principes, explications pratiques et dépannage avec photos (rare) !

Je commence par les vérifications et entretien de base : remplacé fiche 240V et câble qui était douteux, vérifié les fusibles (nombreux et cachés), huilé phonographe qui était sec de chez sec, vérifié contacts principaux et débusqué 2 mauvais contacts. Et déjà, il démarre mais il n'est pas fiable, parfois il faut le "pousser" ! Il me faut rehuiler le mécanisme une 2ème fois.

Il prend les disques, mais ne les rejette pas toujours, il lit les disques de la face A, mais pas de la face B, il n'y a pas assez de pression, l'aiguille "survole" ! L'ampli est OK, le son aussi, mais un tweeter est muet. Une aiguille est +- OK, l'autre est naze, je les échange, la qualité du son face A s'améliore nettement, normal l'aiguille face B ne sert quasi jamais elle est donc quasi neuve. Je commande de toute façon une nouvelle paire d'aiguilles aux USA.

Seeburg Olympian

Le système de sélection de disque et de mémoire réagit quasi bien, mais les disques ne sont pas toujours exactement ceux choisis ! Je le mets en "free play" en enlevant la carte diode de la boite noire, pratique ! Quand il n'y a plus de disque sélectionné, le chariot scanne de gauche à droite sans fin … Chaque fin de course envoie une impulsion et un astucieux système à 2 bobines arrête le moteur après un aller-retour complet du chariot. Le système était un peu encrassé, un bon nettoyage et un peu d’huile a remis tout en ordre. Le chariot s’arrête bien en position 176 après un aller-retour sans sélection.

Seeburg add substract coils
Compteur à 2 coups et reset !

J'arrive à démonter le tweeter, super, il y a des vis ! Je trouve 2 fils fins comme des cheveux noircis et cassés. Bizarrement des épaisseurs de cartons alimentaires découpés forment un support à la bobine, y a déjà eu de la restauration. Je gratte le vernis des petits bouts de fils restants, je ressoude UN brin de cuivre d'un fil souple pour les rallonger (je ne le voyais quasi pas à la loupe !), je scelle le tout sur le carton avec du vernis à ongle, je remonte délicatement l'ensemble ... et ça marche ! Et bien, je n'en reviens pas !

Seeburg juke box tweeter
La bobine du tweeter avec les 2 boucles de fil ressoudés et rallongés

Je me rends alors compte que l'autre tweeter ne répond plus ! Je l'ai mesuré il est toujours bon (et il fonctionnait), c'est donc un canal d'ampli qui déconne ... Quand ça marche d'un côté, ça déraille de l'autre … En fait, c'est le potentiomètre de volume qui est encrassé, je le démonte, ce n'est pas évident, il est motorisé ! On pouvait y mettre une télécommande ! Avec un peu de spray nettoyant de contact, ça va, toute la partie audio est bonne, mais sans doute pas pour longtemps.

Je continue a huiler la mécanique, pour les embrayages, l'accès n'est pas évident, il faut amener le chariot à gauche et jouer avec une paille sur plus de 20cm pour arriver aux bons points. Ma bouteille d'huile avec tube extenseur n'est pas vraiment utilisable car trop souple. Un léger bruit de frottement s'entend lors de la translation du chariot, en y regardant de plus près je vois que les 3 roulettes de guidage sur roulement sont bloquées et frottent littéralement sur le rail. Après un bon décrassage / huilage, c'est un charme de les revoir tourner à toute allure ! Heureusement qu'un plat ne s'est pas formé par usure sur ces petites roues …

Je m'attaque aux petites erreurs de sélection et suit la procédure documentée : je fais le test de la pile. Tous les tores mémoires sont sélectionnés en une seule fois, impressionnant ! Il joue bien tous les disques l'un après l'autre, sauf qu'il ne les efface plus ! Gros stress. Un diagnostic approfondi me permet de voir que l'interrupteur de diagnostic est naze, ouf. Ce petit interrupteur est bien caché et découple le système de sélection (monnayeur, clavier) entre la partie supérieure du juke-box et le phonographe. Je le remplace complètement, c'est bon. Il ne joue chaque plage qu'une fois. Un coup de pile dans l'autre sens et hop toutes les mémoires sont effacées, système génial.

Seeburg Olympian Seeburg OlympianSeeburg Olympian

En lisant un article d'un ancien employé de Seeburg, je me rends compte d’une limitation technique qui arrangeait bien Seeburg. La mémoire Tormat enregistre quels disques sont sélectionnés, mais une seule fois. Ce qui veut dire que si quelqu’un paie et choisit le disque 100, ce choix va s’ajouter à la liste des disques à jouer. Si entretemps une autre personne met une pièce et choisit également le disque 100, lorsque ce disque passera, il ne jouera qu’une seule fois, alors qu’il a été payé 2 fois ! Les 2 clients ne s’en rendront pas compte, chacun sera heureux d’entendre sa sélection ! Subtil !

Une lampe du panneau de sélection ne fonctionne plus. Encore des ampoules « spéciales », ici c’est du 28V ! Fatiguant tous ces modèles et sockets. Afin d’éviter de les commander, je prends une ampoule peu utilisée et la place derrière la position « 2ème sélection » bien plus courante et utile.

Les plots de la barre Tormat ne sont pas très accessibles et sont très oxydés. Je les nettoie à l’alcool, de même que les plots de la rampe d'allumage des lampes de sélection. C’est déjà un peu plus franc. La machine fonctionne pas mal maintenant, mais rate encore parfois un numéro : je demande le 132 et il s'arrête et joue le 133, mais pas toujours ... Après lecture internet, j'ai réglé la barre de mémoire Tormat de 1mm sur la gauche au pif, car je n'arrive pas à voir le positionnement du balai sur les plots ... et ça a l'air de marcher nickel ! J'ai aussi huilé les coulisses sur lesquelles les frotteurs glissent, elles étaient sèches et collantes, ce qui provoquait des oscillations surtout au milieu du parcours, là où les erreurs de sélections apparaissaient le plus. Maintenant le chariot navigue bien sans vibration et il tombe juste, c'est magique, excellent design.

Quelques photos

Finalement un canal du potentiomètre de volume est bien définitivement naze. Ces potentiomètres ont 5 bornes : masse, point mobile, max mais aussi 2 points fixes à 1/3 et à 2/3 de course. Ces 2 bornes supplémentaires vont au préampli dans un circuit de tonalité assez sophistiqué, sans doute un genre de loudness qui accentue les basses à bas volume pour tenir compte du fonctionnement de l’oreille humaine. Comme j’ai du mal à trouver cette pièce à un prix raisonnable, on s’en passera ! J’installe un nouveau potentiomètre stéréo des plus classiques … et je n’entends aucune différence !

Je reçois les nouvelles aiguilles, je les place et je suis surpris : ça ne marche pas bien du tout ! J'ai resserré un peu le ressort de pression-aiguille pour les faces A et le niveau sonore et la qualité est revenue. Par contre du côté face B, le son est faible et de mauvaise qualité, l'aiguille déraille même parfois. Il faut resserrer de beaucoup le ressort, mais après avoir tiré-déroulé 6 cm du ressort, et tendu d'autant, ce n'est toujours pas suffisant ! Je ne suis pas tranquille : les ressorts étaient tous les 2 montés dans le mauvais œillet (par rapport au schéma dans le manuel), je les avais déjà déplacés dans les bons œillets et j'avais déplacé les glissières de réglage de pression à fond. La pression a donc déjà augmenté de beaucoup. Ma crainte est de le casser, ils sont assez difficiles à acheter. Pour en avoir le cœur net, je me fabrique un petit dynamomètre pour mesurer la pression comme indiqué dans le manuel : il faut entre 3 et 4 gr. Un passionné sur internet a réalisé son dynamomètre avec une petite lame de scie fichée dans un manche en bois. Un carton à l’arrière sert de cadran à graduer. Comme lui, je le calibre avec un morceau de sucre ! Un morceau fait 4 gr, c’est parfait. Les mesures me confirment que la pression sur la face B est insuffisante de moitié par rapport à celle de la face A.

Dynamomètre
Le dynamomètre maison !

En fait il ne faut pas raccourcir trop ces ressorts car sinon l’un va finir par "tirer" sur l’autre et ils vont être en conflit, la pression correcte ne pourra plus être obtenue. Ils doivent juste tirer quand le bras est le plus éloigné (gauche pour face A et droit pour face B). Après encore quelques ajustements, l’ensemble finit par fonctionner.

Rien à faire, bien réglé, bien fermé et bien éclairé, ça le fait : ambiance rétro-nostalgie assurée, surtout si on sélectionne un slow italien !

Petit tour de la machine en cours de jeu

(CS décembre 2015)


2ème machine

Ce 2ème Olympian arrive en assez bon état, le phonographe scanne et prend les disques et de la musique sort de certains haut-parleurs. Après tests, il est un peu sot au niveau des sélections : il prend rarement le disque voulu ! Je procède d'abord à l'entretien et aux vérifications d'usage : huiler le phonographe, démonter le moteur du potentiomètre de volume, nettoyer les rampes de Tormat et des lampes de sélection, remplacer quelques ampoules, remplacer les aiguilles, ...

 Au niveau de la fiabilité des sélections, je nettoie les fiches Cinch Tormat, j'élimine le "Bypass Switch", je règle les patins de lecture Tormat (il sélectionnait une position impossible : en tapant 179, il allait au delà à 180 !). C'est quasi bon, sauf que quand je sélectionne 145, il prend parfois 143, pareil pour 155 -> 153, 165 -> 163, ... étrange. Je n'arrive à penser qu'à un faux contact dans le clavier, la touche 5 enverrait un 3 ? Mais uniquement pour les unités ? Sans trop y croire je démonte et décrasse le clavier, je remonte le tout et ... ça marche ! Plus aucun raté. Bizarre quand même.

Le driver a bien fumé !

Au niveau audio, je vérifie les haut-parleurs, et comme d'habitude un des 2 tweeters est mort et je le répare comme d'habitude (voir explications et photo dans l'article sur le 1er Olympian ci-dessus). Le canal droit ne fonctionne pas, une rapide inspection me montre qu'un transistor driver, un transistor de puissance, une résistance de puissance et la résistance dans le circuit de la varistance (régulation de température de l'étage de sortie) ont claqué en chaine. De plus le support de fusible est cassé. Pressé, je l'échange avec un ampli du stock. Et voilà encore une machine remise en route.

(CS février 2017)