CSPROJECTS

Réparations d'appareils électroniques vintage



Réparation d'un juke-box Seeburg One Sixty (1973)

Arrive un "One Sixty" identifié EFC1, il est identique au "Regency" FC1 comme indiqué dans la nomenclature Seeburg. Le design est particulier : fermé c'est une grosse caisse noire, un panneau se lève assez haut sur 2 bras et dévoile le monnayeur, le clavier et les lampes de sélection. On aime ou on n'aime pas, mais moi j'aime bien, je le trouve moderne.

Un look fascinant avec les lampes et leurs halos mais il manque pas mal d'ampoules sur le bandeau supérieur ... vite remplacées ! J'adore cette effet donné par un simple grillage !

J'inspecte la machine, le mécanisme d'ouverture du bandeau ET du panneau principal est assez complexe et coince pas mal, il va falloir regarder à cela. Je vois un interrupteur en fond de caisse que je prends pour le contact d'éjection, mais non il est près de l'interrupteur d'allumage comme d'habitude. A quoi sert celui-ci alors ? Je regarde à l'extérieur et je ne vois rien ! Il me faudra me baisser et regarder de près pour découvrir une petite fente dans un renflement de la tôle, avec un levier orange. En l'activant, je comprends qu'il commande l'allumage des lampes du grand panneau avant ! Amusant !

Un interrupteur ... quasi invisible à l'extérieur !

Deux autres interrupteurs sont montés autour d'une articulation : un allume le tube fluorescent d'éclairage des étiquettes et l'autre les petites ampoules du bandeau supérieur lors de l'ouverture du panneau ! Quelle machinerie !

Les 2 contacts montés dans l'articulation

Après avoir fait connaissance avec cette drôle de machine, je réalise la maintenance habituelle, le bouton "1" du clavier provoque immédiatement le reset, souci assez classique, c'est la touche la plus utilisée. Et de fait à l'ouverture, je constate qu'une des pattes ressort est cassée. J'échange ce bloc de contact avec celui d'une des 2 touches de reset ... beaucoup moins utilisée. La difficulté est de retirer une touche sans déboiter toutes les autres ! Le truc est de ne pas ouvrir l'ensemble, mais de juste lâcher les 4 vis et de maintenir l'ensemble et de glisser les pièces sans tout bousculer.

Le phonographe est comme neuf, la machine ne semble pas avoir beaucoup tourné : le compteur affiche 3652 (ou alors il a fait le tour 103652, mais ça m'étonnerait). Le mécanisme fonctionne pas mal, je dois juste régler l'embrayage  "clutch 1" d'un 1/4 de tour vers le bas, car le passage correct play/scan est parfois chaotique (il cogne 1 ou 2 fois). Je règle également le point d'entrée du disque.

L'ampli fonctionne, mais en écoutant attentivement, un canal semble moins puissant que l'autre. Je décrasse les connecteurs, coupe la bobine mono pour les basses, vérifie les gains, rien à faire un canal ne donne que la moitié de la puissance. Je vérifie encore le potentiomètre de volume et teste avec un générateur de signaux à l'entrée, toujours pareil ! Je connecte mon potentiomètre de volume que j'utilise pour les tests au banc d'essai ... et ça marche ! Les 2 canaux pètent le feu ... mais le contacteur de tonalité des basses ne corrige plus rien ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

Seeburg a mis en place un circuit complexe de réglage des basses et du loudness (pour renforcer les basses à bas volume) dans les amplis TSA et SHP1 : le potentiomètre de volume à 2 points fixes connectés au 1/3 (Low-Tap) et au 2/3 (High-Tap) de sa course. Ces 2 connexions sont en circuit dans les filtres de tonalité du préampli. Voir schémas ci-dessous. Dans un salon le volume est toujours bas (contrairement au bistrot dans le temps !) et je trouve que le loudness Seeburg est trop fort : le son est sourd. Alors je coupe toujours les connexions Low-Tap (orange et verte), le son est beaucoup plus équilibré et franc. D'ailleurs Seeburg a dû arriver à la même conclusion que moi car dans les amplis suivants, SHP2 et SHP3, cette connexion Low-Tap existe toujours sur le potentiomètre/câble/connecteur (pour des raisons de compatibilité) mais en fait ne mène nulle part dans l'ampli ! A droite, j'ai redessiné la partie basse du correcteur de tonalité, seule la résistance R4 change à chaque position du contacteur de réglages des basses (dessiné ici en position medium).

Couleurs et connexions des fils du pot de volume, et schéma équivalent utilisé pour le calcul de la bande passante

Avec un logiciel de simulation (PartSim), j'ai généré les bandes passantes des 3 positions et on constate bien le bon fonctionnement du filtre en dessous de 1.250Hz, à 40Hz on passe de -5dB à -14db et -23dB. Parfait.

Niveaux des basses max=-5dB, medium=-14dB, min=-23dB

Mais où est le problème alors ? Mon potentiomètre de volume de test n'a aucun point fixe, donc le Hi-Tap n'existe pas, et en regardant bien le schéma, si cette connexion manque, le filtre des basses ne fonctionne pas ... car le potentiomètre fait partie intégrante du filtre ! Or ici, en désactivant les Hi-Tap, le déséquilibre des canaux audios disparait, donc le problème se situe dans ce correcteur de tonalité lorsque je connecte les 2 fils du Hi-Tap ... Je commence à regarder ces connecteurs de près et compare avec un autre de mon stock ... et j'éclate de rire !

Comparaison du connecteur problématique avec un connecteur correct, voyez-vous l'erreur ?

Sur cette machine, pour un seul canal stéréo, le fil Hi-Tap et Low-Tap sont inversés dans le connecteur ! Comme le signal Hi-Tap est connecté au point Low-Tap du potentiomètre, le son est grandement étouffé ! Cette erreur de câblage est d'usine car j'ai eu beaucoup de mal à débrocher les 2 pins de ce connecteur avant de les monter correctement ... après 47 ans ! Je teste et tout rentre dans l'ordre, la machine fonctionne enfin comme elle devrait ! Et les basses explosent grâce à ce gros caisson ! Quelle chouette panne !

Le son est génial, il y a même beaucoup d'aigües alors que je n'ai pas vu de tweeters dans la machine. Cela m'intrigue quand même et dans les spécifications du manuel je découvre que la machine est bien équipée de 2 tweeters trompettes, mais où sont-ils ? Avec une petite photo du manuel trouvée sur internet, je vois qu'ils sont montés en bas aux extrémités du caisson de basses ! Étonnante position, mais ça marche.

Le son est bon, il reste un ronronnement lors des silences mais je connais ce problème : le tube de lubrification inférieur du moteur touche la bride de soutien du moteur. Il suffit de limer un creux dans la bride pour assurer un espace suffisant et éviter que les vibrations du moteur ne se transmettent au phonographe. Nettoyées, les aiguilles d'origine sont bonnes (normal ce sont des diamants ... par définition inusables). Néanmoins, le client a souhaité le montage de nouvelles aiguilles, ce que je fais, mais bizarrement le son est complètement distordu et littéralement affreux. Bizarre, ces nouvelles aiguilles achetées aux USA seraient-elles défectueuses ? Sûrement car après réinstallation des aiguilles originales, le son est vraiment nickel.

Dernière chose, le mécanisme de fermeture. J'enlève le panneau avant et je fais bien car une fois claqué-fermé, il est impossible de rouvrir la machine ! A moins de risquer de casser la clé. En principe, si on tourne la clé légèrement vers l'avant le panneau mobile se débloque. Un quart de tour de clé vers l'arrière et c'est le panneau horizontal qui se débloque ! Une serrure à double action, jamais vu ça ! Je dois relubrifier l'ensemble des pièces rotatives qui courent un peu partout. Mais le vrai problème se situe au niveau des supports de tringleries qui ont été forcés et qui sont pliés et désaxés. Un ressort est aussi détendu et ne rappelle plus les tringles. Après démontages, et après quelques vigoureux coups de marteau pour redresser les équerres de fixation et le remplacement du ressort, tout coulisse beaucoup mieux et rentre dans l'ordre.

La fixation redressée et réglée

Et voilà. Une drôle de machine remise en état ... euh non, une machine qui après 47 ans a été vraiment "terminée" et qui pour la première fois "sonne" correctement !