Dépannage d'un radio Akkord Offenbach 53

Dépanner des flippers mène à tout et permet de rencontrer du monde. A la livraison d'un des flippers que j'avais retapé, l'acheteur étonné du travail réalisé, demande si je ne pourrais pas jeter un coup d'oeil à une vieille radio. L'appareil m'intrigue car il n'a pas un look habituel : c'est une radio portative des années 50, avec à l'avant 2 petites portes coulissantes qui dévoilent les boutons et le cadran. Fermées, on dirait un sac à main, une radio de femmes, c'est sûr ! L'habillement en simili-peau-de-croco-vrai-plastic, est en très bon état, il a juste besoin d'un coup de dégraissant.

L'intérieur est encore plus étonnant : c'est une radio à lampes !!! Sur internet (ici), je découvre qu'elle date de 1953 (d'où son nom ...) et que la firme allemande Akkord était spécialisée dans les radios portatives à lampes ... juste avant l'arrivée du transistor qui allait révolutionner toute l'électronique ... et le monde (ordinateur, GSM, GPS, Internet, ...). Donc, j'ai en main un superbe exemplaire de la fin d'une technologie mais donc aussi le moment le plus abouti de celle-ci. On y trouve 5 mini-tubes alimentés en 9V au filament au lieu des 6V habituels, mais comment faisait-il pour avoir la haute tension nécessaire au fonctionnement de ces tubes  (entre 100 et 400V!) ? Et bien avec des piles également sinon elle ne serait pas portable ! Il fallait y mettre des piles spéciales et il devait y en avoir beaucoup en série pour obtenir 90V ! Il y a aussi un interrupteur pour basculer en 110 ou 220V. Mais il n'y a pas de transformateur, sans doute pour des raisons de poids, d'encombrement et de coût. Les diverses tensions étaient obtenues via un pont de résistances de puissance ! On savait vivre dangereusement à l'époque : piles de 90V, simples résistances directement sur le secteur et pas de prise de terre bien sûr ! Un appareil comme cela ne serait jamais homologué à la vente aujourd'hui !

Je trouve le plan sur un site de collectionneur et me voilà parti pour le dépannage. Premier problème : pas de contact électrique au fusible, d'ailleurs celui-ci a déjà été trafiqué : remplacement et grattage/polissage des pinces du support de fusible. Deuxième anomalie, un fil qui va au haut-parleur est cassé, comme le transformateur de sortie a plusieurs bornes et que le plan n'est pas explicite, je cherche avec l'ohmmètre. J'ai de la chance, il n'y a qu'une cosse libre qui me donne l'impédance d'un bobinage, les autres semblent tout simplement non connectées ! J'allume : rien ! Je constate rapidement qu'il n'y a aucune tension continue. Sur le plan, je découvre que la tension alternative est redressée avec une seule simple diode, même pas un pont de 4 diodes. Je cherche et trouve un petit boîtier métallique, de la taille d'une boîte d'allumette mais plus plate avec 2 fils : LA diode. On la voit de profil sur la photo qui montre l'électronique vue du dessous : elle est en haut à gauche de la photo. Il faut savoir qu'habituellement la fonction de redressement dans les circuits à tubes est faite également par un tube, donc ici la firme a commencé à utiliser les "nouveaux" matériaux : c'est une diode métallique à oxyde de sélénium (max 94V, 160mA). Très bien, c'est simple et léger, mais cela vieillit très mal, donc après 60 ans il ne faut pas rêver, elle est morte depuis longtemps ! Ce qui me fait constater que la technologie à tubes est somme toute excellente et fiable, car malgré des enveloppes en verre et des températures de fonctionnement pouvant atteindre 400°C, les tubes de mon préampli Hammond, qui date de 1938, fonctionnent toujours parfaitement, alors qu'ils ont 75 ans !!!!

En 2 minutes, je ressoude une diode au silicium (1N4007) qui tient à l'aise 1000V, 1A et qui est grosse comme un grain de riz, indestructible quoi. J'allume et instantanément j'entends le chuintement caractéristique des réceptions en longues ondes ! Il me reste à faire avancer l'aiguille pour entendre RTL et Europe1, je suis surpris car le son est bon, pas de ronflement de fond, de bonnes basses grâce à un gros haut parleur et une bonne caisse de résonance, c'est autre chose que le zinzin aigu de nos lecteurs mp3 et autres smartphones !

Le client a été très content de l'entendre fonctionner, il y tenait, c'était bien les premières radios portatives sur le marché, la sienne a été achetée par son père ... Elles n'étaient pas données, elles étaient vendues à 238 DM, soit 5.000 FB de 1953, une petite fortune.

Chouette petit dépannage d'un appareil rare et original.

(CS mai 2013)