Parfait, mais un terrible doute m'envahit lors d'un de mes passages à la
déchèterie. Je compte 15 tubes d'éclairage dans le bac de récupération : 5
sont de vieux tubes fluorescents et 10 ... sont des tubes LEDs ! Quoi ? La proportion devrait être l'inverse, non ? Donc on jette déjà des tubes LEDs qui ne doivent pas avoir 5
ans alors que j'ai encore en fonctionnement chez moi des tubes fluorescents
qui datent de la construction de la maison, soit ... 55 ans ! Lequel des 2
types de tubes est un déchet "amorti" ? Les tubes fluorescents sont "annoncés"
avec une durée de vie de 10.000h (7 ans à 4h/jour) et les tubes LEDs de 40.000h
(28 ans à 4h/jour!), or ici j'ai
l'impression qu'on constate exactement l'inverse !
Lors d'un échange avec une représentante de
HOP - Halte à l'obsolescence programmée
(Association française) où j'explique les cas que j'ai
rencontré, elle me demande si je suspecte un risque d'obsolescence avec les
tubes LED ? Car plusieurs experts de l'association se posent sérieusement la
question. Nous convenons d'investiguer le sujet.
Je repasse à la déchèterie et après avoir expliqué ma démarche aux
responsables, je reviens avec 4 tubes LEDs à la maison ... Ils sont
identiques, sans doute jetés par le même propriétaire en une fois. Un lot
défectueux ? Destruction suite à une surcharge secteur ? Marque "Select
Plus", produit chinois, longueur 1,20m, puissance 18W.
Identification du produit chinois
Les 2 embouts en plastique sont collés sur le tube en verre, impossible à
ouvrir. Mais ils sont vite sciés à la scie à métaux à l'endroit de
l'épaulement. Il y a un pont électrique de compatibilité à un bout et l'alimentation
"Pilot LED driver" à
l'autre. Une languette de 90 LEDs raccordées en série est collée au silicone à l'intérieur du tube de verre translucide
sur toute sa longueur. Démontable en moins de 5 min.
Contenus des 2 extrémités après sciage et manière de décoller la bande
de LEDs avec un tube en plastiqueL'alimentation "Pilot LED driver", l'IC pointé en rouge
Ce type d'alimentation ressemble à une alim à découpage mais n'en est pas
tout à fait une. On trouve bien à l'entrée un pont redresseur, 2 condensateurs de
4,7µF/400V, un IC contrôleur mais pas de transformateur. La tension de sortie
est de 300VDC ! L'IC est MT7828C (fabriqué en 2019), le schéma trouvé dans le
data sheet du MT7828C se trouve ici :
L'IC est une source de courant universelle, les LEDs
représentées par une seule se trouve en haut à droite
L'IC de contrôle est un oscillateur qui pilote un
transistor MOSFET qui assure l'allumage, adapte la fréquence (bizarre,
d'habitude c'est la largeur d'impulsion, à creuser) au
courant prévu, le tout quasi sans pertes. Il assure protection en cas de
court-circuit, sous-tension d'entrée, échauffement. De fait sur les 4 tubes
étudiés, les 4 alimentations fonctionnent parfaitement et donnent une
tension entre 299VDC et 301VDC à vide.
On a donc 300V appliqués sur 90 LEDs en série, donc chaque tube fonctionne
avec 300V sur 90 LEDs, soit 3,3V par LED. Et on trouve un courant global de 18W / 300V =
60mA. Chaque tube consomme 18W pour 90 LEDs, soit 0,2W par LED.
Cet excellent article me permet de déduire le type de LEDs utilisées en fonction
de leur puissance, tension et dimensions mesurées (+-2,5x3mm), ce sont des
2835. Elles sont disponibles pour quelques euros les 100 pièces.
La LED utilisée
Comme les 4 alimentations fonctionnent, les soucis sont dans les rampes
de LEDs et il me faut maintenant les vérifier toutes !
Je positionne mon multimètre en mode diode et, oh surprise, l'appareil
n'indique rien (infini dans les 2 sens) mais dans un sens la LED s'allume un
peu ! Cool, la vérification va être rapide !
En mode mesure de diode, la LED s'allume ! Facile pour tester !
Sur le tube 1 : je trouve 2 LEDs HS, elles ne s'allument pas au multimètre mais on voit un petit point noir au centre du composant. Une se trouve
à +- 1/3 (autour de la LED N° 30 : ici 33)
et l'autre au 2/3 (N° 60 : ici 66) de la longueur de la bande.
Sur le tube 2 : pareil ! Pas à la même exacte position mais +- 1/3 et 2/3
(25 et 71) quand même. Bizarre.
Sur le tube 3 : encore pareil, 2 LEDs HS à +- 1/3 et 2/3 (24 et 52) ! Mais il y a
aussi 30 LEDs en quasi court-circuit (10-30 ohms dans les 2 sens) !
Sur le tube 4 : toujours pareil, 2 LEDs HS à +- 1/3 et 2/3 (36 et 56) ! Mais il y a
aussi 1 LED complètement grillée-explosée (elle mesure 1,8kohms) ! A côté de celle à 2/3 ...
Bizarre, ces emplacements similaires de LEDs claquées aux tiers de la
latte. Mais il faudrait beaucoup plus de cas pour confirmer autre chose que
des coïncidences. Et puis chercher l'explication, si cela se confirmer, j'ai
bien une idée, mais il trop tôt pour en parler.
Les LEDs claquées se remarquent par un petit point noir au centreBeaucoup de LEDs claquées en quasi court-circuitLED explosée, elle fait résistance de 1,8kohms, à droite HS avec
le point noir
Je ressoude 2 grosses LEDs blanches non SMD sur le tube 1 à la place des
2 HS et hop le tube s'allume de manière éclatante ! 18W LEDs c'est aveuglant
! Il est également possible de court-circuiter les emplacements de ces LEDs
défectueuses, tant qu'il n'y en a pas de trop, car le courant et la tension
augmentent pour les LEDs restantes.
Et voilà ! Après remplacement des 2 LEDs du T1
Ok la démonstration est faite qu'il est assez simple de comprendre le
fonctionnement de ces tubes. Mais les réparer de manière systématique ne va sans
doute pas être facile car :
il ne faut pas qu'il y ait trop de LED HS. Sur le tube 3, il y en aurait 32
à remplacer sur 90 !
les LEDs SMD sont très petites et difficiles à dessouder sans abîmer
les pistes.
comment recoller la languette de 1,20m contre la parois interne du
tube ? 2 points de colle à chaque bout devraient suffire.
le tube est fragile ... comme du verre, ici très fin. J'en ai cassé
un sans comprendre pourquoi il a cassé si facilement, risque de blessure.
comment remonter les embouts ? Pas avec de la toile isolante car les
embouts
servent également de support mécanique. Il faut les recoller à la colle
forte et rigide.
Néanmoins avec un peu de créativité, un vrai business de réchapage de la
majorité de tous ces tubes pourrait être envisagé et sans doute rentable.
J'ai réparé 50% des miens en quelques minutes ! Une législation devrait
obliger les constructeurs à assurer le démontage et la réparation facile et
rapide de leurs luminaires, notamment en fabriquant sans colle ni silicone.
En me basant sur ces 4 cas, qui ne font pas un échantillon statistique
valable, je peux néanmoins faire l'hypothèse que les alimentations
fonctionnent bien, sont protégées et ne semblent pas faire l'objet
d'obsolescence programmée. Contrairement aux petites alims à découpage
montées dans les sockets des spots LEDs (voir encart en fin de page). Pour valider les statistiques qui
nécessitent de connaitre l'âge du tube, le ticket de caisse n'est pas utile
puisque la date de fabrication est gravée sur chaque IC. Par exemple; sur
les 4 tubes étudiés post-mortem le code de date sur l'IC est 1926
(semaine 26 de 2019, soit fin juin) et sur la diode "roue libre" il est indiqué 1938 (fin
septembre), donc les tubes ont sans doute été installés en 2020 et utilisés 5 ans,
on est très loin des 28 ans annoncés ...
Identification IC de commande 7828 et diode ES1J roue libre datés de 2019
Mais il est clair
que les points faibles sont les LEDs. C'est comme une chaine, si un seul
maillon casse tout lâche, la moindre LED HS et c'est fini ! Comme avec les
vieilles guirlandes de Noël ! Ces tubes sont
donc extrêmement fragiles et malgré une durée de vie théorique élevée, la
durée de vie réelle sera celle de la LED la plus fragile sur les 90 ! Les
déchets sont je l'espère moins toxiques que pour les tubes fluorescents mais
le volume de déchets risque d'être beaucoup plus élevé si on doit les
remplacer tous les 5 ans au lieu de tous les 30 ou 50 ans ...
Une statistique comparée du volume de recyclage des 2 types de tubes
serait très intéressante. Et permettrait de vite estimer la durée de vie
réelle des tubes LEDs puisque la date de fabrication est indiquée sur chaque IC.
A l'occasion des tests ci-dessus, je me rends compte qu'il y a 2 types d'alimentations dans les luminaires à LEDs
et qu'il faut bien les distinguer
:
une classique alimentation "à découpage" pour les spots qui
n'utilisent que quelques LEDs. Une LED fonctionne avec 2-3V et sous
quelques dizaines de mA. Donc dans un spot ou un petit luminaire,
l'alim à découpage est la plus adaptée pour fournir une tension
entre 3V (LEDs en parallèle) et une trentaine de volts (pour une
dizaine de LEDs en série). Un mix de LEDs montées en série et en
parallèle est aussi possible et permet d'utiliser des alimentations
à découpage entre 3V et +-30V. Il y a donc besoin d'un
changement de niveau de tension
: on passe de 230V AC à quelques volts DC, en gros on divise par 10.
Ces alimentations sont légères et efficaces en théorie, mais
complexes et sensibles. De nombreux composants sont sous stress et
claquent souvent : varistors, ICs contrôleurs, MOSFETs en cas de
surtension d'entrée (orage, parasites), enroulements transfo haute
fréquence, diodes de redressement qui ne suivent pas, condensateurs
du primaire et du secondaire qui chauffent et explosent,
optocoupleur dont le gain diminue, ... Tout le monde constate que
certains spots faiblissent lentement mais sûrement, ou claquent sans
raison apparente, et sont inutilisables bien loin avant les 40.000 h
annoncées.
Schéma type "simplifié" d'une alim à découpage !
une alimentation "source de courant"
pour les tubes qui contiennent de nombreuses LEDs. Comme elles sont
connectées en (grande) série, l'alimentation peut être directe et
beaucoup plus simple, pas de
changement de niveau de tension. En gros il suffit
de redresser la tension alternative : on passe de 230V AC à 300V DC,
en principe une diode suffit ! Bien sûr, il faut stabiliser le
courant avec un peu d'électronique mais un IC bien conçu suffit.
Donc ce type d'alimentation simple et robuste n'est logiquement pas
le point faible, mais c'est l'alignement en série de quasi 100 LEDs
qui le devient.
Schéma type "complet" d'une alim source de courant !
En conséquence de ces 2 architectures différentes et quasi opposées,
ce sont deux études statistiques distinctes qui doivent être réalisées,
chacune en fonction du type d'alimentation de l'équipement.