Schmitronic

Réparations d'appareils électroniques vintage



Restauration d'un flipper Gottlieb Thoro-Bred de 1965

Thoro-Bred ? Quel drôle d'expression, jamais entendu, le thème montre des chevaux et des courses. Sur Wikipédia j'apprends que "Thoroughbred" est la traduction de "Pur-Sang" ! Je comprends mieux le thème sur les course de chevaux ! C'est une vieille machine Gottlieb de 1965, mais le plateau est en excellent état. Sur le plan, je vois une horreur : quelques bobines sont directement alimentées par le secteur, 115V sur le plan, mais 235V en réalité ! Mais il n'y a pas que ces bobines sous tension secteur, mais de nombreux contacts un peu partout dans la machine, dont le replay switch dans la porte ! Et aucune connexion de terre ... Mon dieu, comme c'est dangereux, comment a-t-on pu laisser vendre ce genre de machine ? Je commence par remplacer le câble secteur et à tirer un fil de terre raccordé à la porte.

Dès que j'appuie sur le contact pour lancer une partie, le différentiel de mon tableau électrique tombe ... Je me dirige rapidement vers ce replay switch derrière la porte, car j'ai déjà lu que son isolation est très mauvaise ... et de fait : on a une porte métallique, un bouton métallique qui appuie sur une fine lame de papier qui appuie sur la lame de contact sous 235V ! Et devinez quoi, ce papier, écrasé, frotté et donc usé par le plot s'est déchiré ! Contact direct au secteur ! Mais quelle horreur, et dire qu'à l'époque il n'y avait ni fil de terre ni différentiel et donc c'était l'électrocution assurée ! Mais Gottlieb prévient cyniquement car un étiquette mentionne "Danger, line Voltage on this door" ! Je ne comprends pas que des ingénieurs aient pu fabriquer en série des machines aussi dangereuses. Alors qu'il suffisait de monter un bouton de batteur en plastique et le risque disparaissait. Mauvais, mauvais, mauvais. Je n'aime pas Gottlieb et voilà entre autres pourquoi. Tout cela n'est pas digne d' électriciens. Bally et Williams n'ont jamais fait cela. Je remets une nouvelle lame cartonnée "Fishpaper" et je glisse et chauffe un tube en gaine thermo-rétractable autour du papier et de la lame ressort. Au moins, maintenant, j'ai une triple isolation électrique. Mais de toutes façons, pendant tout le dépannage, il faut absolument que je me mette en tête de ne toucher aucun contact, je vais utiliser un porte-mine en plastique ...

Le contact de porte sous tension secteur avec son papier isolant percé ! A droite, avec nouveau fishpaper et gaine thermo.

A l'allumage, le moteur tourne sans arrêt, typique. Je découvre plusieurs relais avec des lames fortement pliées ou mal montées. On ne va pas aller loin comme ça. Je dépose la planche du fond. Il est même possible de tester les circuits de cette planche en étant hors de la machine, il faut juste by-passer les contacts de slams. Je mets sous tension et le moteur continue à tourner sans arrêt, le problème est bien sur la planche. J'inspecte et règle les lames de tous les relais. Je rallume et le moteur s'arrête tous les 1/3 de tour comme il se doit, super !

La planche du fond déposée, le fil vert bypasse le contact de slam de porte

Les lames n'ont pas pu se mettre seules comme ça, mais qui a bien pu faire un tel carnage ? Cela n'a aucun sens ! Après redressement, décrassage et remontage, et vérification/redressement des relais dans le fronton, la machine réagit déjà beaucoup mieux. Ci-dessous on voit très bien les lames tordues ou mal placées sur 8 relais !

Quelques exemples de lames de relais pliées ... quel désastre !

Après encore un certain nombre de réglages fins des lames de relais, le moteur s'arrête enfin. Mais le relais de Start n'enclenche pas. Je perds pas mal de temps car la séquence de démarrage n'est pas documentée sur internet, je dois donc étudier le schéma en détail. De plus, je finis par me rendre compte qu'il y a une erreur sur la couleur d'un fil entre le schéma et la réalité, déjà que les vieux fils avec gaine en tissu ont des couleurs très affadies, pff ... c'est fatiguant. Le relais start du reset bank enclenche maintenant, les compteurs font leur reset à zéro, mais le moteur continue à tourner. D'habitude, ce souci provient d'un compteur qui est à zéro mais n'ouvre pas un contact pou indiquer au moteur d'arrêter. Après vérification, ce n'est pas le cas, les compteurs sont rustiques mais parfaitement fonctionnels. Toujours grâce au schéma et en by-passant des contacts avec un fil, le long de tous les contacts en série, je finis pas trouver que malgré mon décrassage le reset bank armature switch ne fait jamais contact quand il doit pour activer la grosse bobine 235V qui fait le reset final. C'est un petit contact bien caché sous la reset bank qui pose souvent des soucis (voir chap 3d).

Le plateau étant en très bon état, je prends plaisir à le nettoyer, remplacer des ampoules, remettre de nouveaux caoutchoucs, polir les chromes, les décors et le plateau. Je suis assez content du résultat, à voir ci-dessous. Il est amusant de voir qu'à l'époque, les compteurs avançaient par 1 point, qu'il y a 3 compteurs par joueur pour arriver jusqu'à 999 et puis un relais allume une ampoule derrière un cache en forme de 1 devant les compteurs pour faire les 1.000 points !

J'aime bien aussi le multi-bumper central à 6 contacts, 2 rouges, 2 verts et 2 jaunes. A chaque fois qu'un contact est fermé par la bille, le bumper correspondant s'allume et donnera 10 points au lieu de 1 point. Quand les 6 contacts ont été activés, un bouton roll-over s'allume, il donnera l'extra-ball lorsqu'on roulera dessus. Très simple comme principe me direz-vous, oui ... au premier abord. J'ai eu la puce à l'oreille de quelque chose de beaucoup plus fûté en lisant sur internet qu'il n'y a pas de reset, ni entre bille, ni entre joueurs. L'internaute ne trouve pas cela sympa de "passer" l'état d'avancement (nombre de contacts activés) au joueur suivant. Avec le schéma, je comprends que le reset du multi-bumper peut se faire à tout moment lorsque l'on touche une des 4 cibles latérales. Donc on peut aussi perdre l'avancement en touchant par hasard ou erreur une de ces cibles ! Et donc oui, par hasard on donne son état d'avancement au joueur suivant, mais c'est honnête puisque cela fonctionne dans les 2 sens.

A gauche multi-bumper après reset et à droite après activation de tous les contacts

Bizarrement, la lampe sous le bouton roll-over est du côté des 25V des bobines, elle fait 6V mais a une résistance de 75 ohms en série pour ajuster la tension. Cette de résistance de 75 ohms de puissance est cassée et je n'en ai pas la main, mais j'ai des ampoules de 24V et 28V, donc j'installe une ampoule de 24V en direct, ça marche très bien, mais j'inscris la nouvelle tension d'alimentation au marqueur à côté sous le plateau et sur le socket ! Derrière les 4 cibles fixes, il y a une lampe rouge allumée en permanence, mais quand on touche une des cibles, le moteur tourne et les 4 lampes clignotent 5 fois ! Chouette petite animation, réalisée simplement avec les 5 ergots du moteur, habituellement utilisés pour générer les 5 impulsions qui font avancer les compteurs de 5 ou 50 points.

Un bon vieux plateau des années 60 !

Comme beaucoup de machines de cette époque, les batteurs sont courts et un peu faibles, et malgré les réglages en ordre, la bille est impossible à relancer jusqu'en haut du plateau. Seul espoir, alimenter les bobines des batteurs avec une tension plus élevée. La tension des bobines est déjà connectée au hi-tap du transfo, elles sont donc alimentées en un peu plus que 25V AC. Une méthode pour encore gagner un peu de tension est d'alimenter les bobines des batteurs en tension continue, redressée et filtrée de l'alternatif. On gagne ainsi ~42%, donc avec 25AC on obtient 34VDC. La logique voudrait qu'on câble : alimentation AC -> pont diodes -> condensateur filtrage -> contacts batteurs -> interrupteurs batteurs -> bobines batteurs (avec EOS). Mais cela demande beaucoup de changements de connexions. Il est beaucoup plus simple de faire autrement : alimentation AC -> contact batteur -> pont diodes -> condensateur -> bobine. Donc chaque bobine a son propre pont de diodes. Cela double les composants, mais ils n'ont besoin que de tenir la moitié de la puissance. J'ai soudé à même la bobine un pont de 3,5A / 250V, un condensateur de 330µF / 63V. Il ne faut pas oublier la diode de roue libre, connectée à l'envers, pour reprendre la tension "en retour" lors de la coupure. Le tout tient très bien mécaniquement et de manière compacte sur les cosses de la bobine. Et cela fonctionne très bien électriquement ! Le coup est franc, la bille remonte jusqu'en haut du plateau sans problème. De plus, l'étincelle du contact est bien moins forte. 

Les ponts de diodes en rouge, les condensateurs en vert et les diodes roue libre en jaune

Machine basique de 1965, en très bon état, mais néanmoins agréable à jouer. Original avec son multi-bumper central, équivalent à 6 cibles en cercle.

Gadget unique : une petite veilleuse allumée en permanence dans la caisse pour éclairer le compteur !