Schmitronic

Réparations d'appareils électroniques vintage



Réparation d'un juke-box Emaphone 1957

Voici qu’arrive une machine totalement différente : un juke boxe français Emaphone 96 de 1957 de la fabrique Marchant. La machine a déjà été désossée et m’arrive « en tas » ! Je vide toutes les pièces en fond de caisse et remet un peu d’ordre, le design est très très différent des modèles américains : la mécanique est légère, les transmissions se font par chaine (de vélo !), corde, engrenages, galets, … Tout cela me semble assez peu rationnel …

Vue de l'arrière de la machine, c'est un peu le souk !

Je remonte le châssis sur des sortes de silent blocs sans écrous … il en manque un, je mets une cale en bois pour l’instant. Le design avec ces petits silent bocs non fixés n’est pas très stable. Je commence par : huiler le phonographe, controler les bobines, nettoyer les contacts, ressouder les fils et câbles coupés (il y en a beaucoup). J’enlève l’ampli mono à tubes, il est tellement dégradé que je n’en ferais rien.

Ce qui reste de l'ampli à tubes ...

Je ne trouve que quelques schémas mais qui ne correspondent pas à ce modèle. De plus ils ne sont pas très clairs. J’essaie de comprendre le rôle des 2 transformateurs et du gros pont de diode à plaques de sélénium. Je constate qu’une tentative de dépannage a été tentée mais sans aller jusqu’au bout : le transfo d’origine est déconnecté et un transfo convertisseur 230-115V a été installé à côté. Je l’enlève et regarde le transfo original de près : un primaire réglable entre 110V et 240V, 2 secondaires, un en 115V et l’autre en 24V. Et les 3 enroulements sont bons ! Mais le pont de réglage est sur 115V au primaire, à ne pas alimenter par mégarde en 230V donc ! Je place le pont sur la position 230V et teste l’impédance depuis la fiche d’alimentation (que j’ai remplacée avec une fiche comportant une prise de terre) : rien. L’interrupteur principal est mort, je le remplace, reteste … toujours rien, alors que l’enroulement est bon !? Et puis je rigole, car je me rappelle : la broche du pont de sélection de la tension primaire contient souvent un fusible ! Et c’est le cas et il est claqué ! Pourquoi ? Et bien sans doute parce que quelqu’un l’a alimenté en 230V alors qu’il était réglé en 115V ! Et cette personne a sans doute cru qu’elle avait claqué le transfo et a donc commencé à en installer un autre. Puis elle s’est rendu compte qu’il sera impossible de produire le 24V pour les bobines et a abandonné le projet ! Il valait mieux …

Je démonte le pont de diode sélénium et installe un pont de diode « moderne » et rajoute 2 fusibles dans les 2 circuits secondaires. Il reste encore un fil vert qui flotte et après recherche je le connecte au circuit 115V qui alimente le moteur. J’allume et les tubes fluorescents s’illuminent, les tensions sont bonnes.

J’active le contact du monnayeur et j’entends une bobine qui enclenche, je vois qu’un embrayage se fait. En faisant tourner le gros bouton sur la face avant, une aiguille avance maintenant comme l’index de fréquence d’un vieille radio ! Et lorsqu’on appuie sur le bouton de sélection une bobine sous l’aiguille de sélection fait avancer une grosse lame pour marquer une sélection. Un contact général détecte qu’une sélection vient d’être faite et active le moteur du phonographe qui commence à scanner. Arrivé en bout de rampe, une tige s’enfonce sur le bord et active l’inverseur de marche, le charriot repart lentement dans l’autre sens. Arrivé à hauteur du disque sélectionné, le scan s’arrête et le mode play démarre à son tour : plusieurs languettes et tiges se déplacent pour essayer de prendre un disque et de le placer sur un plateau tournant vertical (comme sur les Seeburg). Pas mal. Il me faut remonter une série de guides pour pouvoir placer des disques et remplacer un joint sur le plateau rotatif avec un caoutchouc de flipper ! Après réglage d’une tige de soutien du disque pendant le transfert, la prise et la remise de disque se fait à peu près normalement. Il faut juste l’aider un peu, néanmoins le disque n’est pas bien serré par la poupée. Mais on avance.

Un circuit de 3 lampes 24V en parallèle est prévu pour indiquer qu’il y a du crédit et qu’une sélection peut être faite. Comme les ampoules sont claquées et que je n’en ai pas de 24V en stock, je modifie le circuit pour installer 3 ampoules de 6V en série avec une résistance de puissance.

La tête de lecture est en mauvais état, il manque une aiguille et sa minuscule vis de serrage et les fils sont cassés. Je commande une paire d’aiguille et une autre tête, rare mais trouvable. Je remonte le tout correctement et ressoude les fils. Pas facile car la connexion de masse ne comporte qu’un brin enroulé autour d’un petit fil isolé !

Je ne sais pas si tout cela est d’origine mais les haut-parleurs ne tiennent qu’avec 2 vis montées de travers, les armatures des haut-parleurs ne sont pas en face des trous ! Je vérifie les bobines : elles sont OK mais 15W max ! Je les remonte correctement avec 4 vis.

Pour remplacer l’ampli à tubes mono rouillé, j’installe un ampli de 2x15W pour voiture alimenté avec un chargeur de Smartphone et j’y ajoute un préampli en kit Velleman. Il manque évidement un relais de mute, mais on va déjà essayer sans. Je règle les basses à fond et les aigües au minimum car je n’ai pas préampli RIAA (voir explications).

La nouvelle installation des fusibles, pont de diodes, transfo de chargeur, préampli et ampli

Je connecte le tout, allume et teste le système audio : le disque est pris, se positionne vaille que vaille, le bras se place et l’aiguille se pose … et le son est affreusement très très horrible ! Jamais rien entendu d’aussi exécrable.

Le phonographe avec ses transmissions à chaine et à corde

Après observation attentive, je constate qu’il y a plusieurs sérieux problèmes :

Donc le bon fonctionnement du phonographe est gravement compromis. La restauration de cette machine est suspendue jusqu’à nouvel ordre. Les raisons principales sont l’ancienneté et la rareté de ces machines, peu d’information et de pièces sont disponibles.